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Hyper Inflation & risques

Hyper Inflation & risques

Introduction

Les spécialistes de l’économie, ou tout du moins ceux dont c’est le métier, sont unanimes: pour faire face à la crise actuelle, ils demandent plus de soutien financier, de plans de relance, de baisse des taux, de volonté politique pour relancer l’économie, en bref, plus de création monétaire ! Ces derniers temps, certains d’entre eux prétendent même que la crise est finie, en raison du courage politique du gouvernement des USA, et de l’ampleur des interventions des autorités financières.

Mon constat est tout autre : les Etats-Unis, comme de nombreux pays développés, sont en faillite, et les marchés s’effondrent sous le poids de la dette et de l’inflation de la monnaie fiduciaire à l’issue d’une tendance remontant à près d’un siècle. Penser que les plans de relance et toujours plus de création monétaire sont la solution à des problèmes dont les causes sont faussement identifiées comme de supposés disfonctionnements de l’économie de marché, revient à tourner le dos à l’Histoire, et à se méprendre sur les causes réelles de la crise.

Au cours de l’Histoire, la plupart des développements économiques se sont appuyés sur la monnaie physique, l’or étant utilisé comme monnaie d’échange. Les nations ne se sont affranchies de cette référence qu’à l’exception de circonstances exceptionnelles, et notamment pour financer les efforts de  guerre, dont le coût a toujours été prohibitif, et ne peuvent être financées que par le biais d’une monnaie fiduciaire. 

Ceci revient à dire qu’une croissance économique s’appuyant sur l’inflation monétaire conduit à son épuisement progressif, tout en étant source de conflits multiples et répétés entre les peuples, les groupes d’intérêts, les nations et les religions. Ces influences négatives sont toutefois confrontées à de formidables forces déflationnistes constituées par les évolutions technologiques et le progrès qui évolue à un rythme exponentiel double, comme je l’ai présenté dans mon précédent article sur la déflation.    

C’est là tout l’enjeu des années à venir : la lutte acharnée entre, d’un côté, l’inflation monétaire – qui tend vers l’hyperinflation – et qui s’acharne à défendre des intérêts minoritaires en tentant de maintenir les prix et de sauvegarder des structures économiques dépassées, et de l’autre côté la puissance déflationniste des progrès technologiques et de l’innovation. L’inflation devra faire face à ses démons que constituent l’endettement et la stérilisation des échanges commerciaux, tandis que le potentiel du développement basé sur l’intelligence, dont la progression continue de s‘accélérer, est sans bornes. En toute logique, au cours des années qui viennent, les forces déflationnistes devraient l’emporter, tandis que la monnaie tangible fera son grand retour.

Le chemin vers la déflation planétaire bénéfique à l’humanité toute entière ne sera toutefois pas un long fleuve tranquille, car il impliquera probablement un détour vers une hyperinflation généralisée à l’échelle du globe.     

 

Rappels historiques

A l'origine, l'inflation prenait la forme de la manipulation de la monnaie physique. En l’an 20 avant JC, suite à une période de fort développement de l’Empire Romain, Auguste (image ci-contre) ordonna l’exploitation de ses mines espagnoles et françaises 24 heures sur 24 afin de soutenir le coût énorme de ses dépenses d’infrastructure. Cette exploitation conduisit à un rythme de création monétaire supérieur à celui de la production de l’Empire, et par conséquent à l’inflation monétaire. S’il mit ultérieurement fin à cette création monétaire, son beau-fils conserva ces pièces dans les coffres gouvernementaux, monnaie dont il fut ensuite fait un usage abusif par les empereurs qui succédèrent à Auguste: Caligula, Claudius et Néron. Leurs dépenses prodigues en faveur de la consommation (cela rappelle-t-il quelque chose?) laminèrent la plupart des riches romains, lorsque vient à Néron l’idée de dégrader la monnaie en 64 après JC en utilisant une quantité moindre d’argent dans les pièces. Ceci lui permit de poursuivre sur la voie des dépenses somptuaires, accroissant ainsi le déficit commercial vis-à-vis des colonies romaines, conduisant les riches à dissimuler leur richesse ou à s’exiler pour échapper au pouvoir confiscatoire du gouvernement. La fin de l’histoire n’est pas très joyeuse comme nous le savons (source).

A partir du 16ième siècle, l’Espagne des Conquistadores accumula l’or en provenance du Mexique et du Nouveau Monde, devenant ainsi la nation la plus riche au monde. Au lieu de développer leur propre économie nationale, les espagnols envoyèrent leur or dans le reste du monde afin de financer une orgie consumériste. L’Espagne se déchaina militairement par le biais de campagnes militaires  visant à exterminer les pirates (sont-ce les « terroristes » de nos temps modernes?) dans le cadre d’une marche impérialiste vers les pays étrangers, faisant abstraction de toute distinction entre ces « terroristes » et les pays qui les hébergeaient. Les réserves d’or espagnoles furent épuisées par ces campagnes militaires, qui durent ensuite être financées par l’endettement, ce qui mena à la faillite et au déclin de l’Espagne (source).

assignats hyper inflationVint ensuite l'invention de la monnaie papier, que les chinois furent les premiers à utiliser vers 650 dans l'Empire des Khan, avant son apparition en Europe vers la fin du XVIIième siècle en Suède. En 1789, durant la crise économique que connaissait la France, l’idée germa que celle-ci résultait d’un manque de monnaie. Les experts de l’époque, des gens calmes et bien éduqués, universellement reconnus comme étant les plus habiles et les plus honnêtes financiers de leur époque (ils auraient pu s'appeller Bernanke, Paulson ou Trichet), déclarèrent que la monnaie fiduciaire était le moyen de sécuriser la disponibilité sans l’exigence du paiement d’un intérêt. Cette idée parvint à la connaissance des hommes politiques, à qui l’on expliquait que cette mesure leur permettrait d’imprimer de la monnaie à volonté, trouvèrent cette idée merveilleuse. En 1790, la livre d’or étant l’unité monétaire de référence, le gouvernement entrepris l’émission des assignats, « garantis » non pas sur l’or, mais sur les terres dérobées à l’Eglise, et produisant un intérêt de 3% à leurs détenteurs. 
L’émission de l'équivalent de 400 millions de livres fut tout d’abord voté, puis à nouveau 800 millions de livres furent imprimés cinq mois plus tard, mais cette fois-ci sans paiement d’intérêt (les taux des billets US à 13 semaines sont actuellement à 0% depuis le mois de Novembre 2008), avant que les hommes politiques n’entreprirent d’imprimer la monnaie en secret, faisant travailler les employés des imprimeries 14 heures par jour (loin des 35 heures hebdomadaires officielles actuelles). En moins de six ans, 45 milliards de livres papier non remboursable firent émis, à une époque ou 45 milliards représentait beaucoup d’argent. L’inflation atteignit le niveau de 13000% en 1795, dans l’année qui précéda l’effondrement de cette monnaie. Cette époque fut aussi celle de la terreur et de Marat,l’un des hommes les plus influents de la politique française, qui appela le peuple à l’assassinat des commerçants et au pillage de leurs inventaires (ce qui constituait le stimulus économique de l’époque envers les classes défavorisées). L’inflation hypothéqua le développement de la société française, tandis que les tentatives autoritaires du contrôle des prix eurent pour conséquence une cadence élevée dans le rythme d’utilisation de la guillotine. Napoléon mit fin aux assignats et les remplaça par le franc or, qui fut à l’origine d’un siècle de développement économique prospère du pays. 

hyperinflation au zimbabwe

Nous devons malheureusement assister à une une situation contemporaine au Zimbabwe sous le joug de son Président despote Robert Mugabe. Selon leTelegraph du 13 Novembre 2008, l'inflation a atteint 515 000 000 000 000 000 000 % par an, ce qui correspond à un doublement des prix tous les 1,3 jours, pas très loin du record historique de la Hongrie en 1946, ou les prix doublait toutes les 15,6 heures. La situation de l'Allemagne en 1926, derrière la troisième place occupée par la Yougoslavie de Milosevic en 1994, apparait presque bénigne dans ces conditions, puisque la hausse des prix atteignit son paroxysme avec un doublement "seulement" tous les 3,7 jours. Le ralentissement économique et l’appauvrissement de la population sont tels que le pays est soumis à la famine et au choléra. Bien entendu, Gideon Gono, le gouverneur de la Banque Centrale du Zimbabwe, fustige le comportement d'une bande de spéculateurs et de blanchisseurs d'argent égoïstes à l'origine comme étant la cause des problèmes dont l'institution qu'il dirige est la seule et unique responsable.

Force est de constater que l’inflation, en tant que système pyramidal de distribution de la richesse en faveur des gouvernements ou de catégories privilégiées, a de tout temps été associée au développement des inégalités, à un pouvoir autoritaire jusqu'au despotisme, et à des conflits sociaux et militaires.

L'inflation monétaire n'est pas seulement un phénomène historique, mais également une réalité moderne, qui s'appuie toutefois désormais sur différents niveaux de levier pyramidaux depuis l'instauration des banques centrales et du système des réserves fractionnaires bancaires. C'est ce que nous allons examiner dans ce qui suit.

 

Nicolas Kokel

axioma

 

Dossier sur l'hyper Inflation en 3 parties :

 

Ressources

https://infocus.credit-suisse.com/app/article/index.cfm?fuseaction=OpenArticle&aoid=179052&coid=120&lang=FR

http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/africaandindianocean/zimbabwe/3453540/Zimbabwe-hyperinflation-will-set-world-record-within-six-weeks.html

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Gérant - Axioma s.a.r.l.
Casablanca
Spécialiste macroéconomie

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